Livre recommande par Fabrice.
Bertrand Piccard est psychiatre et formé a l'hypnose. Il a pratique le delta plane, la montgolfière, a fait la traversée du monde en montgolfière, puis le tour du monde en avion solaire (Solar Impulse).
Le livre s'articule autour d'une analogie entre les sports et activités pratiquées par Piccard et son principe de vie. Il commence très brièvement avec le Delta plane: il faut savoir s'adapter et réagir vite; le sport (un peu engage) permet de recentrer la perception sur le corps ("Je ressent donc je suis"). Puis la principale analogie est celle de la vie ressemblant a un voyage en montgolfière: il y a des vents contre lesquels on ne peut pas gagner, s'y opposer nous conduit a de la frustration, il faut savoir repérer ces vents et aller avec. Pour changer de direction il faut savoir changer d'altitude pour aller chercher d'autres vents, et pour cela il faut savoir lâcher du lest. Dans notre vie, le lest correspond a nos habitudes, a nos croyances et a nos manières de penser. Il faut apprendre a découvrir des points de vue différents, a se mettre a la place de notre interlocuteur, a tester d'autres idées, etc.
Cette majeur partie du livre m'a beaucoup plut et m'a marquée: elle donne envie de claquer la porte au boulot et d'aller découvrir d'autres choses, ou d'aller rencontrer et discuter avec plus de personnes ayant des avis différents des nôtres.
Le livre se termine par quelques chapitres sur la spiritualité qui m'ont semble un poil perches.
Le tout dernier chapitre, intitule "Vers une écomanité", m'a permis de bien relativiser les questions environnementales:
"[Parce que] la nature est bien plus résiliente que l'homme. L'humanité peut disparaitre sous les coups de boutoir de notre stupidité, de la pollution, des changements climatiques ou d'une catastrophe nucléaire, mais la nature, elle, survivra toujours."
Effectivement la vie existe depuis bien plus longtemps que nous, avec des formes, des espèces et dans des paysages bien différents de ce que l'on connait maintenant. S'attacher a la nature telle qu'elle est précisément maintenant n'a pas de sens: elle était différente, elle est comme elle est et elle deviendra différente pour s'adapter. Le mal que l'on fait a l'environnement est un mal que l'on se fait a nous d'abord. La nature reprendra le dessus (cf Tchernobyl) peut importe ce qu'il adviendra de l'humanité.
Page 13: Préface
Shantideva, sage bouddhiste du VIIe siecle, nous le rappelle: "S'il y a un remede, a quoi bon le mecontentement? S'il n'y a pas de remede, a quoi bon le mecontentement?"
Page 43: Contrôler ... Mais quoi?
Je me trouvais completement en porte-a-faux avec la celebre phrase de Descartes: "Je pense, donc je suis."
Il devenait evident que quand on "pense", on ne peut pas "etre". Quand on pense, on se disperse, on se projette dans d'autres temps et d'autres lieux. On ne peut pas exister dans le present. Ma seule facon d'exister veritablement etait de ressentir toutes les impressions de l'instant et d'arreter le temps sur une nouvelle formule: "Je ressens, donc je suis".
Je trouve que cela rejoins la pratique de la méditation qui cherche a libérer l'esprit des pensées et a ancrer la perception sur le corps et l'instant présent.
Page 44: Contrôler ... Mais quoi?
La plupart des troubles anxieux, si frequents aujourd'hui dans les demandes de consultation, sont explicables par une projection de nous-memes dans le futur, de nos problems ou de nos peurs, mais sans y anticiper de solutions. Et qui dit "projection" dit automatiquement "dispersion", donc conscience insuffisante de soi-meme. Nous nous retrouvons alors devant un avenir qui ne peut etre que sombre et manacant, et dont noutre force et notre courage ne font pas partie.
Il continue ensuite avec la nostalgie qui est une projection dans le passe et les phobies, qui sont des projections dans une situation ou un animal.
Page 60: Mieux fonctionner sans contrôle ?
Il y a donc deux attitudes face a l'inconnu. L'evitement, quand une situation depasse notre capacite habituelle de gestion. Ou alors l'aventure, c'est-a-dire la recherche de nouvelles ressources pour demystifier la perte de controle et s'enrichir d'une experience differente afin de gagner en performance.
[...]
Cela commence frequemment par un moment de peur, bien sur. Et alors? Ceux qui n'ont jamais eu peur dans leur vie sont ceux qui ne sont jamais sortis de leurs reperes. Les pauvres ! Voila qui est veritablement dangereux, voila qui devrait les effrayer, car ils ne seront jamais prets pour gerer les vents de la vie lorsque ces derniers se mettront a souffler.
Page 64: Mieux fonctionner sans contrôle ?
En ce sens, l'aventure est une crise que l'on accepte, et meme que l'on provoque parfois, comme dans cette transatlantique en ballon, alors qu'a l'inverse, une crise est une possibilite d'aventure offerte par la vie et que l'on refuse, par peur de perdre le controle.
Page 67: Mieux fonctionner sans contrôle ?
En extrapolant quelque peu, on pourrait imaginer que la vie tout entiere deviendrait une extraordinaire aventure si seulement nous parvenions a en saisir positivement les occasions de rupture pour que celles-ci stimulent notre capacite creatrice. L'existence met regulierement sur notre chemin des moments ou nous perdons le controle, mais nous faisons tout pour les eviter, tant ils prennent souvent l'allure de crises ou de drames. On peut les voir soit comme des aberrations de la vie qu'il faut coute que coute refuser, soit comme des occasions inevitables de chercher en soi de nouvelles ressources pour evoluer.
Page 91: Comment lâcher du lest ?
Nous ne changerons jamais la direction des courants aerions ni celle des vents de la vie, mais nous pouvons a chaque instant changer d'altitude pour nous en liberer et trouver une meilleure trajectoire. Changer de niveau de comprehension afin de depasser nos peurs, afin de decouvrir d'autres facons de penser et de se comporter, d'autres explications, d'autres manieres de percevoir la cause et meme le sens de ce qui nous arrive. Comprendre ce que nous avons a faire de notre passage sur Terre.
Quand on pense a toute l'energie gaspillee a convaincre les autres qu'ils ont tort, plutot que d'essayer d'utiliser leurs idees pour enrichir notre propre experience ! Le changement d'altitude vers le haut, c'est toute l'ouverture a d'autres strategies, a d'autres manieres de faire, c'est cette possibilite de remettre en question nos certitudes, de nous affranchir de notre peur de l'inconnu, pour nous ouvrir au monde qui nous entoure.
Page 94: Comment lâcher du lest ?
On constate souvent que la creativite et l'innvation ne viennent pas de l'interieur du systeme, car ce dernier se trouve trop sclerose par les a priori pour pouvoir inventer quelques chose de nouveau. [Exemple de Tesla, SpaceX et Solar Impulse, invente par des gens hors du domaine/systeme].
Vous voyez bien qu'une innovation n'est pas une idee nouvelle en plus, mais une vieille certitude en moins ! On ne peut creer qu'en envisageant les choses autrement que ce qu'on les a toujours imagninees. En partant d'une page vierge depourvue de toute idee preconcue.
Page 95: Comment lâcher du lest ?
Il faut commencer, dans chaque sitatuion de notre vie, par analyser notre facon de voir les choses et, une fois que c'est fait, les envisager sous l'angle oppose.
[...] Chaque fois qu'il nous faut etre innovants pour repondre a une crise et pour evoluer, nous devons nous demander tres honnetement sur quel paradignem croyance ou certitude est fondee notre action ou notre reflexion du moment... et imaginer faire ou penser exactement le contraire.
Page 96: Comment lâcher du lest ?
[...] notre futur ne sera alors plus jamais une ligne de vie unque qui nous entraine dans la mauvaise direciton. Non, il sera, au contraire, a chaque instant, comme un feut d'artifice, constitue d'une multitude de lignes partant dans toutes les directions et a toutes les altitudes, en trois dimensions. Ce sera ensuite a nous de choisir celle qui nous conviendra.
Page 129 : Quelle réalité ?
Piccard discute de l'interaction humaine. Si chacun reste sur sa position sans
chercher a comprendre l'autre, l'association n'a aucune valeur et les idées ne
vont nul part. Il décrit ça par 1+1=0.
Le 1+1=1 est décrit page 123:
1+1=1lorsque deux personnes identiques dans leurs parcours, leurs avis, leurs convictions et leurs comportements se rencontrent. Une belle symbiose, pas de risque de conflit, mais aucune creativite, aucun enrichissement mutuel.
La stratégie la plus intéressante est celle du 1+1=3, présentée page 125:
La relation la plus enrichissante est celle qui se fonde sur l'acceptation et l'exploitation des differences. C'est elle qui permet de construire chez chacun une nouvelle experience, un epanousissement mutuel.
Piccard nous suggère c'est 3 règles de base pour tendre vers le 1+1=3 (page 129):
Je vous propose de vous entrainer a appliquer trois regles de base avec votre entourage: - Parlez de votre propre ressenti plutot que de ce que dit votre interlocuteur; - Partagez des experiences au lieu de transmettre des informations; - Realisez qu'il y a autant de realites differentes que d'individus.
Page 140 : Quelle réalité ?
Piccard évoque le fait que pour comprendre quelqu'un il faut pouvoir se faire une représentation personnelle de ce qu'il nous dit. C'est pour cela qu'on ne comprendra jamais les sentiments d'un rescapé de camps de concentration. "[...] on ne peut les entendre qu'intellectuellement, sans percevoir la profondeur de leur détresse" (page 139). Idem pour la compréhension d;un grand sage ou d'un initié.
Pour contourner ces problèmes, Piccard nous suggère trois outils: - métaphore - recadrage - métacommunication
Page 139 sur la métaphore:
L'usage de la métaphore, ou de la parabole, [...] permet de court-circuiter le réservoir d'expériences conscientes pour faire appel a la source beaucoup plus vaste d'expériences accumulées dans notre inconscient.
Page 140 sur le recadrage:
Pour se faire comprendre sans être englobe dans la vision du monde de son interlocuteur, il existe un autre outils: le recadrage. Je veux parler ici de la façon de modifier subtilement le contexte d'une situation pour lui permettre de prendre un sens diffèrent. Quand vous dites que la mort est le contraire de la naissance plutôt que le contraire de la vie, vous offrez un nouveau point de vue. Le recadrage amène celui qui est prisonnier de sa vision du monde a changer son angle de vue, sa façon de voir les choses, en découvrant qu'il existe d'autres vérités que la sienne, d'autres solutions.
Page 142 sur la métacommunication:
[...] la métacommunication, a comprendre comme le fait de communiquer sur le processus même de la communication en cours. [...] En d'autres termes, la métacommunication permet d'expliciter ce que disent les interlocuteurs tout en le resituant dans les différents niveaux de la discussion.
Exemple (page 143):
La métacommunication ultime dans une dispute insoluble consisterait a dire: - Cette discussion parait sans issue, car chacun de nous tient trop profondément a sa position.